28/02/2010

Nous partîmes deux mille ; mais par un prompt renfort...

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Ainsi que l'ont annoncé Bretagne Réunie par le biais de l'Agence Bretagne Presse et même Ouest-France, la fresque humaine en faveur de la réunification, organisée samedi dernier à Nantes, fut un franc succès. Ils étaient "plus d'un millier" pour les plus sceptiques, deux mille pour les plus enthousiastes ; élus de (presque) tous bords y côtoyaient militants de longue ou de fraîche date de la cause bretonne.

Oui mais... cet évènement est seulement, comme le pointe malheureusement assez justement Ouest-France, "symbolique à la veille des élections régionales". Quel(s) impact(s) peut-il réellement avoir ?

intro-rubrique---ok.jpg1) Un impact politique ?

Non à court et moyen terme. Le succès de la fresque tient plus à une bonne coordination de ceux qui sont déjà convaincus de la nécessité de la réunification que d'une réelle mobilisation populaire qui ferait suite à une prise de conscience globale des Breton(ne)s. Il ne faut pas confondre causes et conséquences.

Soyons réalistes : il est trop tard. La réunification n'est pas pas un enjeu de la campagne des régionales 2010. Même si une élection n'est jamais jouée d'avance et que ce ne serait pas être démocrate que d'être fataliste, on peut raisonnablement estimer que la liste emmenée par Jean-Yves Le Drian l'emportera en mars après avoir fait alliance avec le tandem Verts/UDB. Le PS sait n'avoir besoin que de donner quelques gages à son allié : le bilan 2004-2010 est plutôt bon et il est facile de se défausser de la responsabilité de la réunification sur l'État. M. Le Drian n'était pas à Nantes le 27 février ! Il est vrai que cela eût fâché Jean-Marc Ayrault. Quant aux écolautonomistes, ils bénéficient d'une certaine dynamique qu'ils font pour l'instant jouer à plein en Bretagne et dans toute la France. On pourrait juste objecter que le succès d'Europe Écologie ne s'est pas bâti sur la réunification : c'est vrai, et si cette formation augmente son nombre de sièges au conseil régional, ce sera probablement bien plus lié aux thématiques environnementales, plus porteuses pour le moment. La réalité de l'engagement des élus verts en Pays de la Loire© sera d'ailleurs à surveiller étroitement, ayant promis "d'enclencher ce processus démocratique pouvant aboutir à la réunification de la Bretagne" dans un récent communiqué.

De fait, les quelques membres de l'UMP - parti centraliste par nature - qui sont favorables à la réunification savent très bien qu'ils n'ont pas vraiment à gagner à se mettre en valeur sur ce créneau ; les plus hardis d'entre eux - citons Dominique de Legge - s'en tiennent à des initiatives sans lendemain comme cette promesse arrachée à Christophe Béchu, le candidat cumulard de l'UMP en Pays de la Loire©, de créer une commission entre les deux régions administratives (si elles sont toutes les deux UMP, bien sûr) afin de plancher sur l'avenir de leurs relations. C'est un premier pas, bien sûr ; hélas, compte tenu de l'opposition farouche M. Béchu à toute réorganisation cohérente de l'ouest de la France, il serait fort étonnant qu'il y en ait un deuxième.

Le MoDem ne semble toujours pas en mesure de rivaliser avec les deux poids lourds du bipartisme ; alors qu'il progresse en cohérence à propos de la réunification (les élus de B4 en sont partisans, la tête de liste en Loire-Atlantique est membre de Bretagne Réunie), le parti centriste est confronté à de nombreuses crises internes et semble globalement suivre une pente descendante depuis les élections européennes de juin 2009. Ayant fait part de sa volonté d'indépendance au deuxième tour des régionales - si jamais il dépassait la barre de 10% au premier -, il ne sera donc pas en mesure de peser sur quiconque lors du prochain mandat.

Enfin, si des partis comme le Parti Breton tentent de s'approprier toute idée d'une réelle vision pour la Bretagne au nom d'un certain nationalisme, ils ne seront pas majoritaires en mars pour trois raisons, qu'on s'en désole ou non : la relative jeunesse de leur mouvement, l'implantation électorale très solide d'autres partis politiques et plus important, le fait qu'aujourd'hui la grande majorité des Breton(ne)s n'est pas nationaliste.

Si l'unique critère de vote était la réunification, le choix serait en fait plus difficile qu'il n'y paraît de prime abord. Voter PS, en faisant confiance aux équipes en place et en pariant sur une défaite du candidat de droite en 2012 ? Voter Europe Écologie, en pensant que ses élus feront suffisamment pression sur le PS ? Voter MoDem, en accordant crédit aux tenants du discours conciliateur gauche-droite et en misant sur une victoire de François Bayrou en 2012 ? Voter Parti Breton, en croyant qu'à long terme une force nationaliste pourra bouter tous les partis "français" hors de Bretagne et donc être à même de décider elle-même ? Rien n'est évident.

A cette complexité s'ajoute les autres enjeux de toute campagne électorale, qui sont plus préoccupants les uns que les autres - emploi, énergie, éducation etc. -, ce qui nous amène à la conclusion suivante : non seulement la réunification n'est pas un enjeu de cette campagne, mais elle ne pouvait pas l'être.

2) Un impact citoyen ?Dialogue bzh.jpg

C'est à espérer. En effet, si les hommes (et les quelques femmes) politiques ne s'engagent pas vraiment à fond pour la réunification, c'est que pour beaucoup ils ne sentent pas une réelle attente citoyenne. Deux mille personnes, ce n'est rien au regard des plus de quatre millions d'habitants que compte la Bretagne.

D'aucuns penseront que ce billet est d'un pessimisme intolérable. Au contraire ! La première étape a été effectuée, ce qui n'allait pas de soi il y a quelques années à peine : grâce à des manifestations comme la fresque humaine, les gens savent à présent qu'il existe un débat entre les partisans et les opposants de la réunification de la Bretagne. Il reste maintenant à expliquer pourquoi la Bretagne est à cinq départements ou n'est rien. Or, aujourd'hui, le débat reste encore confiné aux milieux (relativement) politisés. Certes, les sondages sont globalement favorables à la réunification : mais il faut rappeler qu'un quart à un tiers des sondés n'ont pas d'opinion à ce sujet !

Nous touchons peut-être là un problème qui dépasse la réunification, qui dépasse la Bretagne et qui dépasse même la France : celui de la démocratie et du désintérêt grandissant qu'éprouvent les citoyens à l'encontre de la Cité - au sens grec du terme -, de ce que certains ont appelé le "vivre ensemble". Sans l'interpréter de manière exclusive, il semble que la Bretagne résiste à ce phénomène. Il serait donc dommage de s'en tenir aux signatures de charte, aux prises de position solennelles, aux media etc.

Place au dialogue rationnel ! Qu'à chaque bar de Bretagne, on puisse discuter sérieusement de l'opportunité de la réunification ! Que l'engagement passionné ne soit plus l'unique argument opposé aux discours ligériens et/ou centralisateurs, ce qui est encore trop souvent le cas ! Que chaque citoyen ait lu au moins une fois les ouvrages de Jean Ollivro ! Non, je n'ai pas de contrat publicitaire avec le géographe...

La fresque humaine était une bonne idée, fut bien organisée : il faut maintenant donner une suite au mouvement. Car si la volonté politique est nécessaire - saluons au passage tout le travail effectué par Bretagne Réunie et du collectif 44=BZH -, il n'y aura pas de réunification de la Bretagne sans l'unité des Bretons et des Bretonnes.

26/12/2009

Quand la République ne veut pas de la Bretagne

Je tiens cette anecdote d'un jeune ami breton de passage à Paris, en qui j'ai suffisamment confiance pour ne pas douter de la véracité des propos reportés ci-dessous.

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J'étais dimanche dernier à Paris : en attendant de nouvelles informations de la part d'Eurostar, un ami m'a proposé de me faire visiter la capitale française. Nous nous sommes entre autres rendus devant l'Assemblée Nationale, où j'ai tenu à faire une photo avec le drapeau breton que j'avais apporté, à la fois parce que cela m'amuse d'en faire quand je vais à l'étranger et par goût de la - gentille - provocation. Le coin grouillait évidemment de policiers : l'un d'entre eux, installé dans un camion, nous a fait signe de partir vite fait, tandis qu'un autre plus engageant s'est approché de nous. Je retranscris le dialogue sans le biaiser d'aucune manière, c'est assez savoureux.

[Lui] Alors m'sieur, j'ai cru reconnaître l'drapeau de la Bretagne là ?
[Moi] Oui, bonjour.

[Lui] Vous devriez pas rester là m'sieur !
[Moi] Pourquoi, je n'ai pas le droit de faire une photo avec le drapeau d'une des régions françaises ?
[Lui] Et pourquoi vous n'prendriez pas un drapeau tricolore, hein m'sieur ?
[Moi] Attendez, c'est pas le drapeau d'Al Quaïda ou d'un truc terroriste, c'est le drapeau breton !
[Lui] Devriez pas rester là.

[Moi, souriant] Mais alors, vous voulez dire que la République française et la Bretagne ne sont pas compatibles, si les deux symboles ne peuvent pas être pris ensemble ? Vous êtes indépendantiste ?
[Lui] Mon collègue va se fâcher, là-bas.
[Moi] Ah ? Vous pourriez me citer l'article de loi qui dit qu'on ne peut pas prendre de photo avec un drapeau régional dans un lieu public ?
[Lui, s'esclaffant] Oula ! Vous devez être étudiant en droit, m'sieur.

Pressés et ayant de quoi nous faire une idée juste de l'intelligence de la police parisienne, nous sommes partis sur ces mots.

 

main-autocollant44.jpgCertes, la semaine avait été dure pour les forces de l'ordre en charge de la protection de l'Assemblée nationale, entre les incidents Greenpeace et Olivier Besancenot ; certes, la police nationale n'est pas réputée pour le quotient intellectuel de ses agents. Pourtant, un tel fait n'est-il pas révélateur de la méfiance voire de la négation des réalités régionales de la part du pouvoir parisien ? En effet, rien ne justifiait l'intervention de la police : non seulement le trottoir devant l'Assemblée nationale est un lieu public, mais le Gwenn Ha Du est-il tout sauf un drapeau politique. Il flotte devant les bâtiments du conseil régional de Bretagne administrative, ceux des cinq conseils généraux et de ceux de centaines de communes, est imprimé sur des milliers de produits commerciaux, sans parler des nombreuses manifestations culturelles et sportives (20 000 drapeaux au Stade de France en mai dernier !).

Encore une fois, la République française s'est trompée de chemin : en persistant dans l'uniformisation, elle se prive d'une richesse incroyable et menace son existence à moyen et long terme. De toutes les démocraties occidentales, il n'y a que la France pour donner un tel spectacle et on ne peut que le regretter, qu'on soit indépendantiste, autonomiste, régionaliste, fédéraliste, républicain, démocrate... ou citoyen tout simplement.

Un jour de plus en terre jacobine !

NB : ayant encore trop de lacunes en la matière, je recherche un ou plusieurs volontaires bretonnant(e)s qui auraient le temps et l'envie de traduire les articles publiés sur ce blog. Me contacter à an_erminig@hotmail.fr

11/12/2009

Parti Breton, UDB : la vaine concurrence

507456033.jpgSur le terrain de l'autonomisme, l'Union Démocratique Bretonne apparaissait comme le choix le plus modéré depuis une dizaine d'années, forte de son succès aux élections régionales de 2004, où sa liste d'alliance avec les Verts avait obtenu 9,83% des suffrages avant de fusionner avec la liste socialiste. Cette position semblait être confortée par le pied de nez fait aux socialistes lors des élections européennes de juin 2009 : Europe Écologie s'était payée le luxe de passer devant le PS en Bretagne (17,9% contre 17,7%). Bilan consensuel de la majorité de Jean-Yves Le Drian, accentuation de la centralisation de la France sous l'impulsion du gouvernement UMP, forte implantation : peu de nuages à l'horizon politique de l'UDB.

 

Oui mais...

 

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Voilà qu'un nouveau parti s'est mis en tête de devenir l'équivalent breton du SNP écossais, du Plaid Cymru gallois et du PNV basque : le Parti Breton. Fondé en 2001, il gagne depuis quelques années en importance - tant au niveau médiatique que militant - et présente sa propre liste aux dernières élections européennes, obtenant une moyenne de 2,45% des suffrages sur les cinq départements bretons. Oscillant entre centrisme et sociale-démocratie - à l'instar du MoDem avec lequel il a noué localement des alliances aux municipales de 2008 -, prônant un fédéralisme européen, le jeune parti a tout pour marcher sur les plates-bandes de l'UDB.

Orage.jpgDernier exemple en date : alors que les élections régionales auraient pues être abordées sereinement, la première des polémiques "régionalistes" a éclaté il y a moins d'une semaine à l'annonce d'une liste Parti Breton - divers gauche emmenée par Christian Troadec, le turbulent maire de Carhaix qu'on ne présente plus. Le vice-président UDB du conseil régional, Christian Guyonvarc'h, a alors déclenché les hostilités dans un communiqué en brandissant le sacro-saint clivage gauche-droite. Rappel maladroit de certaines situations locales de responsables du Parti Breton, conclusion insidieuse (Ces alliances à droite du Parti breton, C. Troadec, qui se dit toujours de gauche, ne peut les méconnaître. Refuser de choisir entre la droite et la gauche, voire tenir des discours de gauche tout en menant des politiques de droite, c'est nourrir la confusion comme il sied à Nicolas Sarkozy. Ce n'est pas notre voie. Les Bretons ont besoin de choix clairs.) : l'intéressé ne s'y est d'ailleurs pas trompé dans sa réponse, plus raisonnable et teintée d'une certaine ironie (Je ne crois pas [que Christian Guyonvarc'h] soit d'ailleurs habilité à délivrer des certificats…Je ne comprends pas qu'il s'en prenne ainsi à celles et ceux qui prônent une Bretagne forte. A la veille des fêtes de fin d'année, je lui conseille de prendre un peu de repos. La campagne sera longue…).

 

En quoi ce premier round est-il défavorable à l'UDB et révélateur des changements politiques à venir ?

Sur le plan tactique, l'attaque sur les alliances politiques locales est généralement peu efficace alors que les clivages gauche/droite ont tendance à disparaître au niveau municipal et qu'on assiste à une redéfinition générale de ces notions, en Bretagne, en France et en Europe, notamment par la prise en compte de la relation entre l'Homme et son environnement et de ses gigantesques conséquences. La revendication d'un ancrage "fermé" à gauche de l'UDB est assez paradoxale au sens où ce parti a soutenu Europe Écologie, dont le succès a été en partie dû à ce dépassement des idéologies du XXème siècle.

Sur le plan politique, le bilan également de plus de s'alourdir. En effet, les citoyens bretons attendent-ils vraiment de leurs partis politiques qu'ils s'entre-déchirent dans des jeux purement politiciens ? Alors qu'on présente souvent la Bretagne comme une "terre de consensus", les défis régionaux ne manquent pourtant pas et manquer les occasions qui se présentent à nous pour des motifs électoraux serait absurde... à trop vouloir défendre son territoire, l'UDB risque de passer pour un parti sectaire alors que beaucoup pointent la nécessité d'un régionalisme fort, que ce soit pour empêcher le PS de se reposer sur ses lauriers (réunification, culture, formation professionnelle, aménagement du territoire etc.) que pour bâtir un véritable contre-pouvoir au jacobinisme des "élites" parisiennes. De même, le Parti Breton n'est pas non plus exempt de critiques : sachant très bien profiter des fenêtres de tir offertes par l'alliance entre l'UDB et un PS plein de contradictions (en exploitant avec une certaine mauvaise foi certains votes, par exemple), il est également responsable de cette nouvelle division.

Sans aller jusqu'à envisager une fusion, il serait peut-être temps de vérifier le fameux proverbe "l'union fait la force". Plutôt que de s'acharner à coller de vieilles étiquettes sur le front diabolique de l'adversaire, pourquoi ne pas en revenir aux fondamentaux de la politique, au sens grec du terme ? On le répète souvent, et il faut impérativement agir en ce sens : ne nous en tenons pas à la forme et vivent les débats de fond !

Au-delà des prochaines échéances électorales, le Parti Breton et l'UDB devront un jour ou l'autre se parler et faire le bilan de leurs (nombreux) points de convergence et de divergence. Et vous, citoyens, électeurs ou non de ces partis, qu'attendez-vous pour le faire ?

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